Dans ma pharmacopée : le chénopode blanc, un épinard sauvage méga-nutritif
« L'herboristerie, ce n'est pas seulement guérir les maladies, c'est une façon de vivre qui nous reconnecte au rythme de la Terre et renforce notre autonomie au sein de notre propre foyer. » - Rosemary Gladstar.
Pendant ma convalescence pour une chirurgie du genou, j'ai eu envie de vous parler de la manière dont j’intègre, depuis maintenant 20 ans, l'herboristerie à ma vie quotidienne. Loin des rigueurs de la survie en forêt, j'avais envie de vous ouvrir les portes de mon armoire médicinale familiale. J’y vais par rubriques d’une ou deux plantes à la fois, au gré de leur croissance dans mon jardin et de mes inspirations. À l’image des herboristes d’autrefois, je ne soigne pas tous les maux de la planètes, mais ceux de mon petit village… Je vais donc focusser sur les propriétés des plantes qui sont le plus utiles chez moi!
Aujourd’hui, on découvre une adventice fait son apparition de façon presque systématique dans nos jardins, nos platebandes et aux abords de nos potagers, j’ai nommé le CHÉNOPODE BLANC (Chenopodium album). Souvent arraché sans ménagement et qualifié de mauvaise herbe envahissante, il est pourtant l'un des trésors sauvages les plus nutritifs qui soient. Chez nous, on l'accueille avec amour et on l'invite gracieusement dans l'assiette!
Parce-que je suis archéologue…
Le chénopode blanc fait partie de l'alimentation humaine depuis des milliers d’années. Des archéologues ont retrouvé des graines de chénopode dans les estomacs de momies des tourbières d'Europe datant de l'âge du fer, ainsi que dans de nombreux sites archéologiques des Premières Nations en Amérique du Nord. Le chénopode blanc était utilisé abondamment comme aliment de base. Apparenté au quinoa et à l'épinard, cette plante qu'on appelle aussi chou gras, au Québec, fait partie de ces plantes de subsistance qui ont nourri l'humanité pendant des millénaires avant que nous ne l'oubliions pour des légumes de supermarché.
Mes utilisations favorites à la maison
1. Notre épinard sauvage
À la maison, le chénopode blanc remplace avantageusement l'épinard durant toute la saison chaude. Sa texture est veloutée, ce qui est grâce à cette fine poudre farineuse et argentée qu’on retrouve sous les feuilles et qui l'aide à conserver son humidité, et son goût est d'une douceur surprenante, sans l'amertume et l’astringence que peuvent parfois développer les épinards du commerce sous le soleil d'été.
Nous le consommons cru en jeune salade au printemps, mais mon utilisation préférée reste de le faire tomber rapidement à la poêle dans un peu de beurre ou d'huile d'olive avec une touche d'ail, ou de l'intégrer dans nos omelettes, et nos soupes tout au long de l’été. J’en prépare d’ailleurs des potages que je congèle, en prévision de l’hiver.
2. Un tsunami de protéines et de minéraux pour le corps
Sur le plan de la reminéralisation, le chénopode surpasse presque tous les légumes cultivés. C'est un véritable concentré de nutriments essentiels : il est exceptionnellement riche en calcium, en fer, en phosphore, ainsi qu'en vitamines A et C. Cependant, son plus grand avantage, selon moi, réside dans sa haute teneur en protéines complètes de grande qualité, ce qui en fait un allié de premier choix pour soutenir et fortifier le corps en profondeur, surtout pour une alimentation végétarienne.
3. Un Chia au jardin!
En fin d'été, le chénopode produit de minuscules graines noires. Comme c'est un cousin très proche du quinoa, son profil nutritionnel est exceptionnel ! À l'automne, je récolte précieusement ces graines et je les utilise exactement comme des graines de chia. Elles sont parfaites saupoudrées dans mes yogourts et mélangées à mes gruaux matinaux pour un boost d'énergie et de fibres.
Une grande facile du jardin!
S'il y a bien une plante qui ne demande aucun effort, c'est le chénopode. Contrairement à nos légumes potagers plus fragiles, il n'a pratiquement aucun prédateur et ne craint pas les maladies. Il pousse tout seul et, surtout, il se ressème avec une générosité débordante d'une année à l'autre.
C'est d'ailleurs l’aspect qu'il faut contrôler : si vous le laissez monter en graines, vous en aurez absolument partout l'année suivante! Heureusement, ses jeunes pousses printanières sont extrêmement faciles à désherber, ou plutôt... À récolter pour le souper!
C’est vrai! Ses graines sont un véritable cadeau de la Terre! Le choux-gras est une plante extrêmement généreuse, car plus on pince sa tête et récolte ses feuilles, plus il se ramifie. Quand on cueille une feuille, on en voit apparaître trois nouvelles quelques jours plus tard!
Ma note de sécurité : l'acide oxalique
Comme tous ses cousins de la famille des Amaranthacées, comme l'épinard et la rhubarbe, le chénopode blanc contient des oxalates (acide oxalique). Bien que la plante soit merveilleuse, il y a deux règles à respecter pour en profiter en toute sécurité :
Attention à la surconsommation : L'acide oxalique peut irriter l'estomac et, en trop grande quantité, il se lie aux minéraux (comme le calcium) pour former des cristaux. À long terme ou en consommation excessive, cela peut fatiguer les reins et favoriser les calculs rénaux. On l'évite donc en grande quantité si on est sujet aux pierres aux reins.
L'astuce de la cuisson : Pour réduire considérablement la teneur en acide oxalique, il suffit de cuire le chénopode, idéalement à la vapeur ou blanchi dans l'eau chaude, en jetant l'eau de cuisson. La cuisson neutralise une grande partie des oxalates, rendant ses minéraux et ses protéines encore plus biodisponibles pour l'organisme. On garde donc les feuilles crues pour les petites touches décoratives dans nos salades de début de saison et on privilégie la cuisson pour nos repas plus copieux!
P.S. L’herboristerie, une école de l’autonomie et de la pratique
Ouvrir son armoire médicinale et choisir d'intégrer des plantes de caractère comme l'armoise à notre quotidien est un geste d'une beauté infinie, mais c’est aussi un acte de grande responsabilité. L’herboristerie moderne ne doit pas consister simplement en l’accumulation de savoirs théoriques. Pour devenir une véritable alliée, elle exige de nous de l'éducation, de la rigueur et surtout, de l'autonomie. Comme le souligne si bien l'herboriste Christophe Bernard (2024), reprendre notre santé en main et développer une autonomie concrète allant de la reconnaissance de la plante en nature jusqu’à la tasse de tisane, est essentiel. Cependant, cette autonomie ne s'improvise pas. Elle demande de surmonter la peur de mal faire en se formant adéquatement auprès de personnes d'expérience, tout en acceptant d'avancer pas à pas, avec curiosité et humilité. C'est en sortant de notre mental pour aller vers la matière, en touchant la plante, en observant son séchage et en validant prudemment ses effets, que l'on forge sa propre expérience.
Apprendre à se soigner est un art qui se cultive au quotidien. Je vous souhaite, à toutes et à tous, de merveilleuses explorations!
Bernard, C. (2024). Apprendre l'herboristerie : importance de la pratique. AltheaProvence. http://www.altheaprovence.com/apprendre-l-herboristerie-importance-de-la-pratique/
Fleury-Lartigue, M. (2019). Plantes sauvages comestibles : guide de cueillette et recettes. Éditions de l'Homme.
Gagnon, C. (2020). Materia Medica : un ouvrage de référence sur les plantes médicinales (Éd. révisée et augmentée). Éduco-Santé / FloraMedicina.
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