Dans ma pharmacopée : La lavande et le mélilot

« L'herboristerie, ce n'est pas seulement guérir les maladies, c'est une façon de vivre qui nous reconnecte au rythme de la Terre et renforce notre autonomie au sein de notre propre foyer. » - Rosemary Gladstar.

2 alliées sauvages pour adoucir le quotidien

Pendant ma convalescence pour une chirurgie du genou, j'ai eu envie de vous parler de la manière dont j’intègre, depuis maintenant 20 ans, l'herboristerie à ma vie quotidienne. Loin des rigueurs de la survie en forêt, j'avais envie de vous ouvrir les portes de mon armoire médicinale familiale. Je vais y aller par rubriques de deux plantes à la fois, au gré de leur croissance dans mon jardin et de mes inspirations. À l’image des herboristes d’autrefois, je ne soigne pas tous les maux de la planètes, mais ceux de mon petit village… Je vais donc focusser sur les propriétés des plantes qui sont le plus utiles chez moi!

Pour ouvrir le bal, voici deux plantes usuelles qui m'accompagnent au quotidien pour soigner le corps, apaiser l'esprit et mettre de la beauté dans l'assiette.

1. La Lavande : Pour relâcher les tensions et apaiser le sommeil

Si on associe souvent la lavande (Lavandula angustifolia) à son délicieux parfum un peu piquant, elle est pour moi une alliée thérapeutique précieuse qui agit directement sur le système nerveux et les muscles endoloris.

Mes utilisations usuelles :

  • Mon anti-migraine par excellence : La lavande est un relaxant musculaire exceptionnel, particulièrement efficace pour relâcher les tensions accumulées dans la région de la nuque et des épaules. Étant sujette aux migraines de tension, c'est mon réflexe naturel pour apaiser la crise avant qu'elle ne s'installe.

  • Un baume pour le sommeil des enfants : Je l'utilise précieusement dans le bain du soir pour adoucir le sommeil de ma fille, qui traverse de grosses périodes de terreurs nocturnes. L'effet apaisant et rassurant est presque instantané.

Ma note de sécurité :

En infusion, la lavande est ultra-sécuritaire pour toute la famille, mais il faut savoir que si on l'infuse trop longtemps ou si on a la main trop lourde, elle devient amère et prend un goût de savon un peu rébarbatif.

Comme elle est profondément relaxante, évitez les infusions fortes si vous prenez déjà des médicaments sédatifs ou des somnifères, car elle peut en amplifier l'effet. Si vous utilisez son huile essentielle, rappelez-vous qu'elle est contre-indiquée pendant le premier trimestre de la grossesse et chez les bébés de moins de 3 mois. Privilégiez l'infusion dans le bain ou un hydrolat pour les tout-petits!

2. Le Mélilot : Ma vanille boréale nutritive

Cousin du trèfle rouge, le mélilot (Melilotus officinalis) gagne à être connu, autant pour ses propriétés reminéralisantes que pour son profil aromatique unique. C'est une plante sauvage d'une grande générosité.

Mes utilisations favorites :

  • Une mine de nutriments : Je l'utilise d'abord et avant tout pour sa grande valeur nutritive. C'est une plante gorgée de minéraux essentiels, parfaite pour reconstruire, fortifier et reminéraliser le corps en douceur.

  • Le secret des tisanes pour mes enfants : Le mélilot dégage un irrésistible petit goût de vanille sucrée. C'est mon ingrédient secret dans les infusions pour mes enfants ; il apporte naturellement une touche gourmande et réconfortante, sans avoir besoin d'ajouter de sucre.

Ma note de sécurité (La règle méga cruciale du séchage) :

Le mélilot exige une rigueur absolue lors de sa manipulation. À l'état frais ou parfaitement séché, il est tout à fait sécuritaire. Cependant, s'il fermente ou s'il moisit pendant le séchage (à cause de l'humidité), sa bonne coumarine se transforme en dicoumarol, un anticoagulant puissant. On ne consomme donc que du mélilot d'une qualité visuelle impeccable, et on l'évite strictement si on prend déjà des médicaments anticoagulants.

Mon coup de cœur local : Si vous n'avez pas l'occasion de le cueillir vous-même dans un environnement sain, l'entreprise québécoise Gourmet Sauvage propose une incroyable essence de mélilot pour parfumer délicieusement vos recettes et vos infusions de fin de journée.

Conclusion et aparté… L’herboristerie moderne, une école de l’autonomie et de la pratique

Auparavant, chaque village avait son ou ses herboristes. Ils et elles étaient formé.e.s depuis des générations à soigner les maux physiologiques et psychologiques spécifiques de ses habitants. Les savoirs étaient approfondis, préservés et prenaient du temps à voyager. Je pense que c’est exactement la forme que devrait prendre l’herboristerie moderne, c’est-à-dire une médecine de proximité, humaine et connectée à son territoire. Un de mes rêves serait de voir chaque quartier, arrondissement, ou petit village du Québec pris en charge par un.e herboriste traditionnelle. Je suis persuadée que la santé globale des Québécois.e.s en bénéficierait grandement.

Ouvrir son armoire médicinale et choisir d'intégrer les plantes à notre quotidien est un geste d'une beauté infinie, mais c’est aussi un acte de grande responsabilité. L’herboristerie moderne ne doit pas prendre la forme d’une accumulation de savoirs théoriques empilés de manière stérile dans notre tête. Pour devenir une véritable alliée, elle exige de nous de l'éducation, de la rigueur et surtout, de l'autonomie.

Comme le souligne si bien l'herboriste Christophe Bernard dans son texte percutant sur l'importance de la pratique, reprendre notre santé en main et développer une autonomie concrète, soit de la reconnaissance de la plante en nature jusqu’à la tasse d’infusion, deviendra absolument critique dans les années à venir. Mais cette autonomie ne s'improvise pas. Elle demande de surmonter la peur de faire des erreurs en se formant adéquatement auprès de personnes d'expérience, tout en acceptant d'avancer pas à pas, avec curiosité et humilité.

L'herboristerie est une médecine vivante, et c'est en sortant de notre mental pour aller vers la matière, en touchant la plante, en observant son séchage et en validant prudemment ses effets pour nous, que l'on forge sa propre expérience. Commencer par des plantes douces, en comprendre les nuances et en respecter les contre-indications est le plus beau chemin vers une pratique sécuritaire et profondément émancipatrice.

Apprendre à se soigner est un art qui se cultive au quotidien. Je vous souhaite de merveilleuses explorations, à toutes et à tous!


Bernard, C. (2013). Mélilot (Melilotus officinalis) : plus qu'un médicament aux fleurs jaunes. AltheaProvence. http://www.altheaprovence.com/melilot-melilotus-officinalis/

Bernard, C. (2024). Apprendre l'herboristerie : importance de la pratique. AltheaProvence. http://www.altheaprovence.com/apprendre-l-herboristerie-importance-de-la-pratique/

Gagnon, C. (2020). Materia Medica : un ouvrage de référence sur les plantes médicinales (Éd. révisée et augmentée). Éduco-Santé / FloraMedicina.

Gladstar, R. (2012). Rosemary Gladstar's Medicinal Herbs: A Beginner's Guide: 33 Healing Herbs to Know, Grow, and Use. Storey Publishing.


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